Sourire au bout de la nuit


Le pauvre hère, il déambule comme un étranger dans son propre pays : il est triste, sombre, il semble porter sur lui toute la misère du monde.

Il marche incognito, il rase les murs, il ne se sent plus à sa place, il est comme interdit de séjour là dans son propre pays.


Il a l'impression que sa vie ne vaut rien, qu'il est nul, il voudrait devenir petite souris, rentrer dans son trou et oublier, oublier, oublier.


Il est en pleine canicule intérieure, à moins que ça ne soit l'âge glaciaire ?



 IL ne sait plus, tant il passe sans transition 
par toutes les saisons intérieures 

 Aucun météorologue d'ailleurs ne pourrait prévoir celle de demain,
 ni même celle de l'instant suivant.

Il ne sait plus à quel saint se vouer ; il a pourtant assister à des dizaine de conférences, à des dizaine de stages de régénération, de respiration, de méditation, de guérison, de libération, lu des centaines de livres dit spirituels.


Malgré cela, il se sent encore plus mal qu'avant car maintenant il a encore plus conscience de son malaise, de son mal-être, de sa vie qui ressemble à une longue errance, une longue quête sans fin sans résultats tangibles... plus il creuse plus il s'enfonce dans les sables mouvants de son monde intérieur.


Ne plus bouger, se pelotonner,, se rassembler, se recroqueviller... que faire d'autre ? Faire avec ? Faire un avec , faire la planche avec l'ici et maintenant comme on lui a dit si souvent. … plus facile à dire qu'à faire !


Ou alors fuir, loin, très loin, partir en voyage.. ou aller voir des amis .. mais en a-t-il encore ? Prendre quelques substances enivrantes ?



Mieux vaut rester là, faire face, faire corps avec la douleur, le noir, l'angoisse, le sans issue … il s'y résout...il se prend au jeu du vide, du néant... l'angoisse des espaces infinis l'engloutit ...

 Plus rien à quoi se raccrocher, plus rien à se mettre sous la dent de la rumination intérieure, plus rien à tournicoter sous ses doigts … le vide, le grand vide... le vide tout court... car il n'est ni grand ni petit. 
Il est.gouffre de néant, trou noir,… paniquant.

Aucun miroir pour se réfléchir.. rien, une absence pure et dure, inconsistance, impalpable, insaisissable, intangible, indicible..


Alors il lâche, advienne qui pourra ! Inch'allah !, que ta volonté soir faite ; il prononce toutes les phrases du répertoire spirituel !

et puis....

Rien ne semble encore avoir changé, son corps est toujours tendu, son esprit toujours assailli par de sournoises pensées de tristesse, d'angoisse ...mais il a l'impression en même temps de regarder tout cela du dehors... et surtout, surtout par dessus tout il sourit.


Il sourit au milieu d'un champ de ruine, il sourit de voir dans quel pétrin il s'est fourré sans savoir qu'il rêvait.


Il sourit surtout de voir qu'il y a cru au rêve, qu'il l'a même défendu aux yeux de ceux qui n'y croyait pas, à ses propres yeux en criant

 à l'injustice d'un Dieu pourtant réputé bon !

Il sourit de voir tout ce capharnaüm d'idées, d'humeurs souvent contradictoires, toutes ces circonstances dans lesquelles il s'était laissé enfermer, tous ces événements qui l'avaient mené par le bout du nez, tous ces gens qui avaient décidé pour lui, tous ces autres à qui il a refusé d'ouvrir les bras, ou qu'il leurs avait trop ouverts.


Il voit le grand cirque du monde dans lequel il a été tout à tour clown, jongleur, trapéziste.. manager et bien d'autres.

Il flotte maintenant au dessus du chapiteau, 

il regarde le manège d'en haut …
 il sourit … 
et ce sourire le ravit.




Nil