Eveil et félicité

 L’éveil est traditionnellement associé au bonheur, 
à la félicité, à la béatitude …
 Pour toi, qu’en est-il ?

C’est une question très importante. 

Il y a lieu de très nettement distinguer deux choses
 qui d’ordinaire paraissent difficilement séparables, à savoir 
le bonheur et la valeur.

 Quand l’éveil jaillit, il n’est autre que la valeur infinie.

 Mais cette valeur infinie n’est pas la félicité.

Bien sûr, ce jaillissement s’accompagne d’une bouffée de joie inouïe !

 Mais dans son essence, cette valeur est indépendante de toute béatitude.

Ce que je veux dire, c’est que si l’on parle de l’éveil en termes de félicité,

la valeur infinie semble en quelque sorte justifiée par le bonheur.

 On reste alors, au fond, dans l’ordre rationnel :

 il y a de la valeur parce que je jouis, parce que je suis heureux.

Or, cette valeur infinie est injustifiable. 

Elle n’a aucun corps, aucune apparence et aucune justification non plus.

 Il y a donc là un mystère : 

comment se fait-il que cette valeur s’impose 
alors même qu’elle est injustifiable ?

Le mystère est là, béant, c’est ainsi.

 Pour employer un langage qui n’est pas le mien, 
disons qu’il y a Dieu et le paradis.

S’il est tout à fait naturel et légitime que Dieu induise le paradis,

 il est impératif de ne pas confondre l’un avec l’autre.

Dieu est inexplicable. 

La valeur divine est fondamentalement injustifiable,
 mystérieuse et gratuite.

Elle n’apporte rien et ne nous rétribue pas en monnaie de félicité.

Le fait qu’elle génère ensuite le paradis paraît l’expliciter.

 Il est vrai que les félicités susceptibles d’être générées par cette valeur infinie, inexplicable, injustifiable, sont tout à fait inouïes

Comparée à ces félicités, la plus grande jouissance accessible sur terre dans l’état de conscience habituel n’est que poussière et paille.

Mais ces félicités ne sont elles-mêmes que poussière et paille

 par rapport à l’injustifiable bien suprême,
 à l’inexplicable valeur infinie.

Stephen Jourdain









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