De l'Eveil

Q : Vos textes précédents, même si vous n'employez jamais le mot « Eveillé » suggèrent pourtant, pour un connaisseur, que vous l'êtes.
Pouvez-vous le confirmer ?

R : Bien que je comprenne votre question,  votre interrogation, qui de votre point de vue est légitime, je ne peux absolument pas y répondre.

Q : Qui ne dit mot consent ?

R : Et bien non je ne peux y consentir car si je le faisait, je reconstruirais dans l'instant une  personne qui prétendrait être éveillée : 

or il n'y a personne là qui est Eveillé ou qui ne l'est pas.

R : Vous comprenez ?

Q : N'est-ce pas plutôt une pirouette linguistique, une manière d'éluder la question ou une manière de ne pas vous dévoiler.

R : Non voyez cela plutôt comme  la marque d'une sensation physique : la tentative même  de satisfaire votre curiosité en vous donnant une réponse,  me donnerait une  forte crampe au cerveau.

Tout forçage d'une pensée ou d'une action qui n'a pas une utilité majeure, tout retour  sur soi en tant qu'observateur engendre un  fort mal de tête.

C'est comme  si vous vouliez  vous  lever, sans pouvoir le faire car votre jambe est restée longtemps immobile dans la même position.

Vous voyez ça n'est pas que je ne veuille pas vous répondre,

 c'est que je le peux pas.

Dans ce corps il n'y a pas l'ombre d'une pensée au sujet de l'Eveil  ou au sujet de quoi que ce soit d'autre qui n'est pas appelé par la nécessité de l'instant.

Sous le soleil extérieur, mon corps  fait encore de l'ombre, mais plus mon esprit sous le soleil intérieur, car pour engendrer une ombre il faut être un objet compact ; or celui qui vous répond là  est  désormais sans consistance.

Il marche dans le monde sur la pointe des pieds 

ne laissant plus de trace sur le sol de la vie.

Il danse sur la pointe des mots pour qu'ils ne s’enchaînent pas trop les uns aux  autres afin que les phrases ne deviennent pas vérité.


Nil