L'Eveil ... une valse à deux temps

 
"Dans l’optique traditionnelle, la notion chrétienne de perte du « moi » est généralement interprétée comme la transformation ou la disparition de l’ego, du moi inférieur, au moment où il entre en contact avec le moi véritable, le moi supérieur uni à Dieu.


Dans cette union le moi conserve cependant le caractère unique de son individualité et ne perd jamais le sens ontologique d’une identité personnelle.
Mais cette expérience de disparition du moi n’est que provisoire. Il ne s’agit pas d’un état permanent (…)

Je fus d’autant plus étonnée et désorientée de découvrir un état permanent dans lequel il n’y avait plus de moi, pas même de moi supérieur, de moi véritable ni rien que l’on puisse qualifier de moi. J’étais manifestement sortie de mon cadre de référence et de celui de la tradition ; 

je venais de découvrir une voie 
qui semblait commencer là où les auteurs mystiques s’étaient arrêtés (…)

En résumé je suis persuadée que la vie contemplative 

se compose de deux mouvements distincts (…)
 

Le premier mouvement 

conduit à l’union avec Dieu et est analogue au processus psychologique d’intégration ; il consiste essentiellement en épreuves intérieures et en nuits obscures, grâce auxquelles le moi s’établit dans un état d’union permanente avec Dieu (…)

Ce mouvement initial est suivi d’une période au cours de laquelle cette union subit les assauts de multiples épreuves extérieures. Celles-ci mettent en évidence la stabilité et la solidité absolues de cette unité face à toutes les forces qui tentent d’en ébranler, fragmenter ou perturber le centre.


C’est donc une période où l'on découvre la prodigieuse beauté, le miracle, de cette union gratuite, où l’on découvre surtout le sens de cette plénitude et comment elle se manifeste dans notre vie quotidienne.

Le second mouvement 

commence avec la disparition du moi et l’apparition de CELA, 
CELA qui demeure une fois le moi disparu. Mais cette disparition est une véritable révolution, un renversement complet et d’une telle ampleur qu’il ne saurait passer inaperçu ni être minimisé (…)

C’est bien autre chose que la découverte d’une vie sans le moi. Il s’en suit aussitôt et automatiquement un changement de conscience, une naissance à un nouveau mode d’appréhension qui nécessite un énorme effort d’adaptation, car le moi ne peut plus désormais être objectivé.


 Le mécanisme réflexif de l’esprit 
– ou ce qui nous permet d’être conscient de nous-mêmes – 
est mis hors-circuit ou définitivement hors d’état de fonctionner 
si bien que l’esprit se trouve dès lors ancré dans un éternel présent (...)

Qui peut comprendre que l’ultime réalité n’est pas un instant de béatitude ni une vision fugitive ou une transfiguration passagère, qu’elle n’est pas une expérience ou un phénomène ineffable, extraordinaire, 

mais qu’elle est aussi proche de nous que nos yeux,
 aussi simple qu’un sourire, 
aussi évidente que l’identité de 
CELA."





 Extraits de "Vie Unitive" de Bernadette Roberts


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